Hugues Allamargot (2008)

Anne Malherbe, Critique d’art.

Hugues ALLAMARGOT

Hugues Allamargot est peintre si l’on nomme peinture toute réalisation sur support plat, accrochable à un mur et ainsi offerte à la contemplation. Pourtant sa pratique exclut les outils qui définissent le médium.

Il emploie en effet des plaques de tôle prévues pour le coffrage des voitures, qu’il fait recouvrir d’une couleur elle-même destinée à la carrosserie. Son nuancier comprend des appellations comme « jaune Maserati » ou « noir Mercedes ». Et sur le support ainsi préparé, il ménagera des motifs à l’aide d’une scie, projettera de la boue ou du goudron, provoquera des impacts de pierre.

World Universal Panoramic, par exemple, présente une carte du monde découpée sur une tôle « bleu Gendarme », criblée de trous de balle. A l’évidence, l’œuvre possède une ampleur allégorique dans laquelle on peut reconnaître un état des lieux du monde contemporain.

Cette allégorie ne s’exprime cependant pas seulement sur son mode usuel, qui associe un motif concret à une notion abstraite. Ici, comme dans ses autres réalisations, l’artiste fait éprouver au support le choc de la réalité (balles, boue, pierres).

Cette confrontation entre la réalité brute et l’espace symbolique de l’oeuvre peut avoir d’autre visée que l’allégorie, comme celle, notamment, d’éprouver le lieu commun et de le rendre digne d’être regardé: sur une tôle « rouge Ferrari », l’artiste a inscrit « Ti amo » à l’aide d’une clef de voiture, rassemblant ainsi avec humour tous les poncifs du latin lover.

Hugues Allamargot pratique aussi la sculpture. Le dispositif de sa Norma Jean Baker met littéralement en scène le fantasme de la robe soulevée à l’improviste; et ses Nimbes d’ouate, accrochés sur de longs fils tendus à travers l’espace, parodient les nuées divines, tout autant qu’ils exposent la naïveté fragile du rêve.

Anne Malherbe
2008