L’Energie Créatrice (2013)

Marc Soléranski, historien d’art, écrivain.

Hugues Allamargot et l’Energie Créatrice

Lorsqu’il organise des performances, Hugues Allamargot se situe moins dans la tradition de « l’art éphémère » ou des séances publiques d’Yves Klein, que dans la continuité même de sa quête artistique : élevé en Côte d’or où un chef d’oeuvre peut prendre la forme d’un vin ou d’un repas gastronomique, il lutte depuis longtemps contre une vision de l’art qui s’enferme dans les musées et les salles d’exposition. Refusant le cloisonnement de certains penseurs occidentaux, qui ne veulent pas confondre le travail intellectuel avec le travail manuel ou l’effort physique, il se passionne pour tout ce qui permet à l’humain de transcender la nature ou de se transcender lui-même, que ce soit à travers la création plastique, la recherche scientifique, l’exploit sportif, le travail de la terre ou la quête spirituelle. Hugues Allamargot n’établit pas de hiérarchie entre ces domaines, et ne les distingue que dans leur rapport à l’espace : si l’astronome explore l’espace infini, le sportif et le cultivateur s’exercent dans un espace-temps délimité, tandis que l’artiste crée son propre espace.

En transformant des tôles peintes comme celles des automobiles de luxe en miroirs des vanités, l’artiste réalise le mariage improbable du matériel et du spirituel, de l’oeuvre unique et de la production industrielle, du concret et de l’abstrait, de la violence et de la douceur, de l’ordre et du chaos… Autant de notions traditionnellement opposées qui sont pour l ‘oeuvre d’Hugues Allamargot ce que le Yin et le Yang sont à l’univers taoïste : des principes complémentaires dont la dualité est indispensable à la création. Par sa réflexion sur la société de consommation et la vanité, l’artiste est parvenu à définir les éléments qui composent son univers. Il lui restait à découvrir la force qui met ces éléments en action. Tel est le but de la performance !

Jusqu’à présent, les tôles d’Hugues Allamargot étaient déformées par la chute d’un bloc de plomb de 80 kg. En lui préférant l’intervention d’un champion sportif, l’artiste substitue au choc de deux masses inertes, l’action d’un corps vivant sur un objet inanimé. Mais ici ni le corps ni l’objet ne sont pris au hasard : il s’agit du corps d’un champion confronté à une surface rappelant celle d’une Ferrari, d’une Mercédès, ou d’une Lamborghini… autrement dit,la quintessence du corps humain face à la quintessence de l’objet, l’un comme l’autre étant des icônes vénérées par notre société matérialiste. Le but d’Allamargot n’est pas de faire du « Pop’Art » mais plutôt de montrer que la culture médiatique ne fait que détourner à des fins mercantiles ce qui pourrait nous apprendre à mieux connaître le Monde. De la même façon, la célèbre formule d’Einstein E=MC2 a été utilisée aussi bien pour comprendre l’énergie solaire, que pour fabriquer la bombe atomique. A l’origine, Einstein devait répondre à la question :« L’inertie d’un corps dépend-elle de son contenu en énergie ? » Cette question est illustrée chez Hugues Allamargot par le « Satellite atomique », oeuvre de bois et de métal, stable malgré sa forme explosive, comme suspendue dans le temps et dans l’espace. Cette pièce soulève la question des forces qui relient la plus infime particule de matière aux plus grands systèmes planétaires. La masse « M » transcendée par l’impact, défiant le rapport espace temps, nous livrera-t-elle la formule de « E » : l’énergie créatrice ?

Marc Soléranski
Historien d’Art, écrivain
16/09/2013